
Stéphane m’a appelé en panique. Son atelier de menuiserie venait d’ouvrir depuis trois mois, et impossible de faire tourner deux machines en même temps. Ça disjonctait systématiquement. Son installation monophasée de 12 kVA, dimensionnée « à l’économie », ne tenait pas la charge. Résultat : chantier de reprise complète, passage en triphasé 36 kVA, et deux semaines de production perdue.
Ce cas, je le croise régulièrement sur les chantiers en Île-de-France. Et la cause est toujours la même : un dimensionnement basé uniquement sur les équipements du jour, sans marge, sans anticipation.
Information importante
Ce contenu est fourni à titre informatif. Toute installation ou modification électrique dans un bâtiment professionnel doit être réalisée par un électricien qualifié et faire l’objet d’une attestation de conformité Consuel.
- Faites un bilan de puissance AVANT de contacter un électricien
- Prévoyez 25% de marge minimum sur votre puissance calculée
- Au-delà de 18 kVA, le triphasé devient obligatoire
- Le passage au triphasé coûte environ 183 € chez Enedis, hors travaux internes
- Délai raccordement professionnel : comptez 2 à 6 mois selon complexité
Pourquoi 80% des installations professionnelles sont sous-dimensionnées
L’erreur que je vois le plus souvent ? Le gérant qui demande « juste ce qu’il faut pour aujourd’hui ». Sauf que dans deux ans, il ajoute une borne de recharge, une nouvelle machine, ou embauche trois personnes avec autant de postes informatiques. Et là, ça coince.
Selon le Baromètre 2025 de l’ONSE relayé par Promotelec, 82,6% des installations de plus de 15 ans comportent au moins une anomalie. Ce chiffre m’interpelle moins que ce que j’observe sur le terrain : la majorité des reprises d’installation que je réalise concernent des locaux de moins de 5 ans.
Les 3 conséquences d’un sous-dimensionnement
- Disjonctions répétées : impossibilité de faire tourner l’activité normalement
- Reprise complète de l’installation : coût souvent supérieur à l’économie initiale
- Risque sécurité : échauffement des câbles sous-dimensionnés, danger incendie
Dans ma pratique d’électricien en Île-de-France, je constate régulièrement que des installations dimensionnées uniquement sur les besoins du jour se retrouvent saturées en 2-3 ans. Ce constat concerne surtout les PME en croissance, mais peut varier selon le secteur d’activité.
La vraie question n’est pas « de combien j’ai besoin aujourd’hui », mais « de combien j’aurai besoin dans 5 ans ». Personne n’a de boule de cristal. Mais il existe une méthode pour s’en approcher.
La méthode du bilan de puissance en 3 étapes
Avant d’appeler un électricien, vous pouvez préparer votre projet. Ça vous permettra de mieux dialoguer avec lui et de challenger les devis. Voici comment je procède avec mes clients.

Inventorier tous les équipements actuels et prévus
Listez tout ce qui consomme de l’électricité. Absolument tout. L’oubli classique : les équipements « occasionnels » comme le chauffage d’appoint, le compresseur d’atelier ou la machine à café industrielle.
Pour chaque équipement, notez sa puissance en watts (W) ou kilowatts (kW). Cette info se trouve sur la plaque signalétique ou la notice. Si vous ne trouvez pas, partez sur une estimation haute.
| Équipement | Puissance (W) | Usage simultané typique |
|---|---|---|
| Poste informatique complet | 200-400 | Permanent |
| Climatisation réversible | 2 000-3 500 | 6-8h/jour |
| Machine-outil légère | 1 500-3 000 | Intermittent |
| Borne recharge VE (7 kW) | 7 000 | Nuit ou pause |
| Four professionnel | 5 000-15 000 | Intermittent |
Si vous prévoyez d’installer des équipements nécessitant un tableau électrique triphasé, notez-le dès maintenant. Ça change tout le dimensionnement.
Calculer la puissance simultanée réelle
Vous n’allez pas faire tourner tous vos équipements en même temps. Le coefficient de foisonnement permet d’estimer la puissance réellement consommée en simultané.
Selon une étude de l’Université Paris-Ouest de 2025, ce coefficient se situe entre 0,7 et 0,8 pour un local professionnel classique. Concrètement : si vous avez 50 kW d’équipements installés, vous en consommerez probablement 35 à 40 kW en simultané.
Pour les radiateurs électriques ou équipements en fonctionnement continu, comptez un coefficient proche de 1. Ils tournent vraiment en permanence.
Ajouter la marge d’évolution 25%
Soyons clairs : c’est LA recommandation que je martèle à chaque client. Selon la norme NF C 15-100, le facteur de réserve recommandé varie de 1,15 à 1,25. Je prends systématiquement 1,25, soit 25% de marge.
Conseil terrain : Multipliez votre puissance simultanée calculée par 1,25. C’est votre puissance cible minimum. Si vous êtes en croissance, montez à 1,30.
Cette marge vous évitera de tout reprendre dans 3 ans quand vous ajouterez une borne de recharge ou un nouveau local technique. L’économie du jour devient le surcoût de demain.
Monophasé ou triphasé : le choix qui change tout
C’est la question que mes clients professionnels me posent systématiquement. La réponse dépend d’un seuil précis.
Selon les données officielles Enedis, à partir de 18 kVA, le triphasé devient obligatoire. En dessous, vous avez le choix. Mais attention : avoir le choix ne signifie pas que le monophasé soit toujours pertinent.

Monophasé ou triphasé pour votre activité ?
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Puissance totale < 12 kVA :
Monophasé suffisant. Bureaux, commerces de proximité, professions libérales.
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Puissance 12-18 kVA :
Monophasé possible mais triphasé recommandé si évolution prévue. Restaurants, petits ateliers.
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Puissance > 18 kVA :
Triphasé obligatoire. Ateliers industriels, boulangeries, garages.
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Machines-outils industrielles :
Triphasé fortement conseillé même sous 18 kVA. Meilleure répartition de charge, moteurs plus performants.
Pour les entreprises accompagnées par des spécialistes comme eeldynamic.fr, la question du triphasé se pose dès la phase de conception. C’est le bon moment pour anticiper, pas quand le disjoncteur saute.
Côté coût, le passage de monophasé à triphasé revient à environ 183 € TTC selon le barème Enedis 2026, hors travaux internes. Ce tarif ne couvre que l’intervention réseau. Comptez 1 500 à 3 000 € supplémentaires pour la mise en conformité du tableau et du câblage intérieur, selon la configuration existante.
Les 5 questions à poser avant de signer un devis électrique
Un devis électrique professionnel, ça se challenge. Voici les questions que je recommande de poser systématiquement. Si l’électricien ne sait pas y répondre clairement, méfiance.
5 questions à poser avant de signer votre devis
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Quelle marge d’évolution est prévue sur le dimensionnement ?
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Le passage au triphasé est-il prévu ou anticipé ?
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Qui s’occupe de la demande Consuel et dans quel délai ?
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Le tableau électrique dispose-t-il de réserves pour des départs supplémentaires ?
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Quelle est la section de câble prévue pour les circuits principaux ?
La nouvelle version de la norme NF C 15-100 édition 2024 devient obligatoire à compter de septembre 2025. Assurez-vous que le devis mentionne explicitement la conformité à cette version.
Côté délais, prévoyez large. Le traitement d’une demande de raccordement prend 2 à 6 semaines, puis les travaux Enedis ajoutent 6 à 18 semaines selon la complexité. Pour faire réaliser votre bilan de puissance par un professionnel qualifié, vous pouvez prendre contact avec un électricien pour intervention.
Questions fréquentes sur le dimensionnement électrique
Comment calculer la puissance électrique nécessaire pour mes locaux ?
Additionnez la puissance de tous vos équipements, appliquez un coefficient de foisonnement (0,7 à 0,8 pour du tertiaire), puis ajoutez 25% de marge. Un électricien peut affiner ce calcul lors d’un bilan de puissance sur site.
Quelle différence entre kW et kVA ?
Le kW mesure la puissance réellement consommée (active). Le kVA mesure la puissance apparente fournie par le réseau. Pour un usage professionnel classique, comptez environ 1 kVA = 0,9 kW.
Combien coûte le passage au triphasé ?
L’intervention Enedis coûte environ 183 € TTC. Les travaux internes (tableau, câblage) varient de 1 500 à 3 000 € selon la configuration existante. Demandez plusieurs devis.
Quel délai pour un raccordement Enedis professionnel ?
Comptez 2 à 6 semaines pour le traitement de la demande, puis 6 à 18 semaines pour les travaux. Le délai total peut atteindre 6 mois pour un raccordement complexe.
L’attestation Consuel est-elle obligatoire ?
Oui, pour toute installation neuve ou entièrement rénovée. Sans attestation Consuel, Enedis refuse la mise en service. Votre électricien doit la demander à votre place.
Limites et précautions
- Les puissances mentionnées sont des ordres de grandeur, chaque installation nécessite une étude spécifique
- Les normes électriques évoluent régulièrement, vérifiez la version en vigueur auprès de l’AFNOR
- Le dimensionnement final doit être validé par un bureau d’études ou un électricien qualifié
La prochaine étape pour vous
Franchement, si vous retenez une seule chose : prévoyez 25% de marge. C’est la différence entre une installation qui vieillit bien et un chantier de reprise dans trois ans.
Faites votre inventaire d’équipements avant d’appeler un électricien. Posez les 5 questions du devis. Et si votre puissance calculée dépasse 15 kVA, partez directement sur du triphasé. Vous me remercierez.